L’acupuncture, comment ça marche?

En clinique, on me pose souvent cette question! Les mécanismes d’action de l’acupuncture sont encore mal connus. Des avancées scientifiques en neurosciences et en anatomie ont permis le développement de plusieurs théories recevant un intérêt de la communauté scientifique. Dans son article intitulé Neurobiological Mechanisms of Acupuncture for some Common Illness (2013), Dr. Cheng présente une revue des phénomènes physiologiques potentiellement impliqués dans le traitement par acupuncture. Les auteurs Lund et Lunderberg apportent un autre angle à la question dans leur article scientifique intitulé Mechanisms of Acupuncture (2016). Voici un résumé des explications physiologiques présentement considérées pour expliquer comment fonctionne l’acupuncture.

Principaux mécanismes d’action de l’acupuncture

1. L’effet local de l’acupuncture sur les tissus
Microcirculation vasculaire

En insérant une aiguille dans la peau et les tissus sous-jacents, l’acupuncteur induit des micro-lésions, engendrant un afflux sanguin local, une régénération des tissus, et une analgésie. L’aiguille d’acupuncture va stimuler l’action des nerfs adjacents et causer le relâchement de neuropeptides, signalant pour une vasodilatation locale et une circulation plus grande dans la région. Ce mécanisme d’action peut expliquer en partie les bénéfices de l’acupuncture dans les traitements des problèmes musculo-squelettiques et de la douleur.

2. Le rôle des réflexes somato-autonomes en acupuncture

L’acupuncture a probablement un effet sur l’homéostasie du corps via le système nerveux, par l’activation de réflexes somato-autonomes. Cette homéostasie du corps impliquant les branches sympathiques et para-sympathiques du système nerveux autonome est fréquemment considéré une base scientifique pour le concept de l’équilibre entre le Yin et Yang du corps, des concepts fondamentaux de la médecine chinoise. Plusieurs recherches sur des animaux ont démontré l’activation par l’acupuncture de ces voies neuronales (Cheng, 2013).

Des recherches suggèrent que les points d’acupuncture situés sur l’abdomen peuvent induire une réaction sur les organes internes innervés par le même segment spinal. Il existe aussi des recherches portant sur l’impact de certains points situés sur les extrémités du corps et leur action sur des activités viscérales (Cheng, 2013). À titre d’exemple, une étude a démontré chez les animaux l’action d’un point sur la jambe affectant la motilité gastrique, via l’activation du réflexe somato-parasympatique du nerf vague (Sato, 1997).

Des cellules nerveuses
3. Rôle des neurotransmetteurs en acupuncture
L’échange de neurotransmetteurs entre deux cellules nerveuses

La sécrétion de neurotransmetteurs, telle que l’endorphine, par la stimulation de l’aiguille en acupuncture est maintenant bien établie. L’acupuncture peut également affecter le niveau d’autres neurotransmetteurs tels que la sérotonine et la dopamine dans le système limbique du cerveau. Ce groupe de structures cérébrales comprend l’hippocampe, l’amygdale et leurs connexions avec l’hypothalamus, ainsi que divers centres liés au comportement émotionnel, à la motivation et à l’appétit. Cela pourrait expliquer en partie l’effet de l’acupuncture pour soigner la dépression ou aider en cas d’arrêt tabagique, par exemple (Cheng, 2013).

4. Le rôle de la signalisation purinergique en acupuncture

L’aiguille d’acupuncture, lorsqu’ insérée dans la peau, provoque une signalisation purinergique, soit la sécrétion d’ATP extracellulaire (adénosine triphosphate) (Burnstock, 2009). L’ATP extracellulaire peut engendrer une cascade de réactions biochimiques dans les tissus et l’organisme. Ces molécules d’ATP interagissent avec les cellules nerveuses, qui transmettent un signal à la moelle épinière et au cerveau. Ces signaux, lorsque dirigés au tronc cérébral, semblent jouer un rôle dans la régulation des fonctions physiologiques variées, telles que digestives, ou cardiovasculaires. Lorsque dirigées vers les centres supérieurs du cerveau, ils peuvent moduler la douleur.

L’acupuncture est souvent critiquée sur ces prétentions de pouvoir soigner un grand nombre de conditions de santé. Toutefois, ce phénomène de signalisation purinergique rend biologiquement plausible l’action de l’acupuncture sur un grand nombre de conditions de santé (Burstock, 2009).

Visionner une conférence sur le sujet: Biochemistry of Acupuncture: A proposal for the Central role of purines, par Mel Hopper Koppelmann, acupunctrice et M.Sc. en médecine fonctionnelle, Directrice de Evidence Based Acupuncture

Les cellules peuvent communiquer entres elles via différentes substances, dont l’ATP
5. Le rôle des fascias en acupuncture
Le fascia forme un réseau connectant différents tissus et organes ensembles.

Des chercheurs et observateurs ont remarqué la correspondance entre les plans fasciaux du corps et les trajets des méridiens décrits en médecine traditionnelle chinoise. Langevin et Yandow (2002) ont en effet observé une correspondance de 80% entre les plans de clivage du fascia et le trajet des méridiens. Ils émettent l’hypothèse que le fascia agit comme un système d’autosurveillance dans le corps, un mécanisme encore inconnu par la science (Cheng, 2013).

Le fascia est un tissus conjonctif formant un réseau dans le corps et dont les propriétés continuent d’être découvertes. Le fascia est piézoélectrique, c’est à dire qu’il peut générer un courant électrique sous contrainte mécanique. Notons ici qu’en insérant et tournant une aiguille dans la peau et le fascia sous-jacent, l’acupuncteur applique une contrainte mécanique sur le fascia.

Références pour cette page:

  • Burnstock, G.. (2009). Acupuncture: a novel hypothesis for the involvement of purinergic signalling. Medical Hypotheses. Disponible en ligne.
  • Cheng. K (2013) Neurobiological mechanisms of acupuncture for some common illnesses: a clinician’s perspective. Journal of Acupuncture and Meridian Studies. 2014 Jun;7(3):105-14. doi: 10.1016/j.jams.2013.07.008. Epub 2013 Aug 17.
  • Lund et Lundeberg (2016) Mechanisms of Acupuncture, Acupuncture and related therapies, Disponible en ligne.
  • Langevin HM, Yandow JA (2002). Relationship of acupuncture points and meridians to connective tissue planes. Anatomical Record. 2002 Dec 15;269(6):257-65. Disponible en ligne
  • Sato A (1997). Neural mechanisms of autonomic responses elicited by somatic sensory stimulation. Neuroscience and Behavioral Physiology, Vol. 27, No. 5, 1997